Que reste t'il de mes souvenirs ambitieux perdus dans le tumulte des mes actes insensés?
Une semaine de fugue. Une semaine qui
devait me révéler , me
propulser vers des chemins
lumineux, débrumés par l'espoir d'une guérison certaine.
Mon Dieu, quand cesserais je d'être niaise? En plus d'avoir
perdu une semaine de cours, j'ai eu droit à des
révélations et constatations à la fois affreuses et sensibles à la remise en question. Je me vois encore
plus perdue qu'auparavant. Et la culpabilité
s'accrue. Pourquoi toujours se noyer dans d'effroyables déceptions après tant d'éfforts pour s'en sortir.
Ô Injustice, qu'as tu fais de ta Balance salvatrice ?J'ai peur de ma majorité . Où irais je?
Si je
quitte le Foyer, j'irais dans l'appart de ma mère. Mais ce serait retourner dans la
gueule du loup. Celle qui m'a fait tomber dans toutes ces miséricordieuses griffes qui me tiraillent et s'éprennent de
mon coeur cousu.
A la fin de ma fugue, je suis passée par chez elle,
un retour aux sources, qui aurait pu me permettre de voir avec plus de lucidité. Non. Alors qu'enfin , durant la soirée, je frôle l'espoir de voir mes soucis amoindris, je perçois avec certitude bouteilles de vodka dans sa trousse de toilette
cachée par ses vêtements. J'ai eu si mal au coeur.
Mon Dieu que l'alcool détruit les familles. Mon père, puis ma mère. Ou le contraire. J'en sais rien, c'étiat déjà ainsi lorsque je suis nais.
Mon père est un boulimique ancien alcoolique et paranoïaque violent et ma mère une maniacodépressive alcoolique . Encore heureux que la notion de batard a cessé. Cela ne m'empêche malheureusement pas de
sombrer dans la culpabilité.
Bref, en vivant dans son appart qu'elle délaisse puisqu'elle habite avec son copain, je risque fortement de la subir dès que son compagnon s'aventurera dans l'idée de lui ôter l'alcool. Mais si je pars du foyer , c'est pour
une quête de stabilité. Ptin, quelle vie.
Je me demande souvent pourquoi
Maud nous a laissé. Et j'ai honte car, plus j'y pense, plus je ne ressens absolument rien à son départ si violent. Je pense que j'éprouvais plus de la
jalousie. Elle, elle a
osé. J'ai tant envie de la suivre. J'y pense tous les jours.
Peut être un jour aurais je enfin ce courage qui aujourd'hui me fuit pour une noble cause? Je ne rêve plus que de cela. Et je n'ose faire l'acte.
J'ai si honte d'être en vie
alors que Claire est morte , que Maud est morte. Pourquoi sont ce toujours les
lâches qui survivent? Si je n'y arrive directement, indirectement, j'y parviens peu à peu. Et malgré tout,
cela me rend le sourire. C'est pourquoi vivre chez toi Smara
me fait peur. Je n'ai pas envie d'imposer ces envies suicidaires totalement immature j'imagine. Jen 'ai pas envie de faire subir ce qui me fait si honte. Je n'arrive plus à profiter de bons moments. Et jen 'arrive plus à consacrer l'importance qu'il se doit aux choses plaisantes et émouvantes.
Mes résistances ont déraillé mon rail .Et puis, revoir mon frère, cohabiter quelques instants avec lui me fait si mal. Son évolution me fait si peur. Je n'arrive qu'à déceler
nombre désespoirs dans ses iris fatigués, lassé par tant d'incertitudes maternelles. Que j'aurais aimé pouvoir rester avec lui, pour tout encaisser à saplace, comme avant. Mais l'envie de me sacrifier n'est qu'éphémère, parce que malgré tout,
l'égoïsme reste mon gage de survie.Malgré quelques bons moments lors de cette fugue, je ne discerne les sourires que
désuets par l'usure. Tant de confusions.
L'incertitude demeure, et au milieu de ce brouillard, la marionnette à lanterne quémande l'heure.
Ce n'est pas la souffrance de l'enfant qui est révoltante en elle-même, mais le fait que cette souffrance ne soit pas justifiée. La souffrance use l'espoir et la foi.
Camus ; l'homme révolté.